Lyngen cheap thrillz

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« Je voudrais aller en NorvĂšge en avril pour dĂ©couvrir le pays. Vous m’accompagnez ? »

Voici les mots prononcĂ©s par Marco lors d’un dĂ©jeuner au mois de janvier, aprĂšs une rencontre presque improvisĂ©e avec lui et Alice sur les pistes de ski de Cortina oĂč Carolina et moi travaillons


Non n’avons pas vraiment pris cette invitation au sĂ©rieux, en partie parce qu’elle Ă©tait assez vague, mais surtout parce qu’elle Ă©tait pleine d’inconnues, telles que le choix de la pĂ©riode en fonction de nos diverses obligations professionnelles ou le budget, Ă©tant donnĂ© que la NorvĂšge est une destination cĂ©lĂšbre pour ĂȘtre coĂ»teuse. Mais il avait dĂ©sormais suscitĂ© notre curiositĂ© et, avec une bonne prĂ©paration, il devait ĂȘtre possible d’organiser un voyage sans extravagances, low-cost, ainsi que sans guides ni agences.
Sans mĂȘme nous laisser le temps d’y rĂ©flĂ©chir, Alice nous appela, telle une tornade, avec ses propositions de rĂ©servations, dates, photos d’itinĂ©raires et photos d’un logement viking incroyable, le tout avec un budget bien en-dessous de nos attentes : un voyage de huit jours dans les Alpes de Lyngen avec un appartement, une voiture et un guide sur les excursions Ă  rĂ©aliser, less is more.

Nous n’avons pu qu’accepter et attendre le mois d’avril qui est arrivĂ© trĂšs vite. Nous Ă©tions tous impatients malgrĂ© notre condition physique mĂ©diocre due Ă  un hiver plutĂŽt passif qui nous prĂ©occupait un peu : je crois que si nous partons au niveau de la mer, cela sera moins dur


À notre arrivĂ©e Ă  l’appartement vers deux heures du matin, Ă  cause du retard de notre avion, l’obscuritĂ© presque totale nous permettait d’entrevoir un paysage sans vĂ©gĂ©tation, aprĂšs un voyage en voiture le long d’une route bordĂ©e par une mer sombre et des falaises dont j’essayais d’imaginer les formes et les sommets.
Quand on fait un voyage de huit jours, on veut gĂ©nĂ©ralement profiter de chaque journĂ©e Ă  disposition. Nous n’avons donc pas perdu de temps et, bien que sans nous ĂȘtre rĂ©veillĂ©s trop tĂŽt, nous sommes partis rĂ©aliser notre premier itinĂ©raire simple, le Storgalten, situĂ© au bout du fjord avec un dĂ©nivelĂ© de 1200 m. Il fallait bien commencer d’une maniĂšre ou d’une autre, mais le fait de ne pas parvenir Ă  atteindre le sommet d’une excursion pleine Ă  craquer de touristes au milieu d’un brouillard Ă  couper au couteau ne nous a pas vraiment Ă©mus. AprĂšs le goĂ»ter, nous nous apprĂȘtions Ă  nous diriger vers un autre versant pour rentrer vers la maison, pas de sommet cette fois non plus, mais elle promettait de changer le cours de notre aventure.
PremiĂšrement : regarde autour de toi, dĂ©tourne les yeux de ton livre. Depuis la route, tu pourras admirer d’innombrables superbes couloirs, sommets et montagnes.
DeuxiĂšmement : s’il y a du mauvais temps d’un cĂŽtĂ©, il fait beau de l’autre. Les fjords sont longs et Ă©troits, et les montagnes crĂ©ent une barriĂšre qui bloque les perturbations atmosphĂ©riques, comme le Brenner.
TroisiĂšmement : au mois d’avril, les journĂ©es sont beaucoup plus longues et le soleil ne modifie pas encore vraiment le paysage. Nous avons donc douze heures Ă  disposition pour choisir nos aventures.
Cependant, la rĂšgle principale est que les approches et les hors-pistes sont trĂšs longs, surtout si on les compare aux Dolomites !
Voici un rĂ©sumĂ© de comment nous nous en sommes sortis sans avoir de grandes connaissances du terrain, mais en tentant d’agir avec intelligence et en rĂ©cupĂ©rant des informations de tous cĂŽtĂ©s, avec la mĂ©tĂ©o et notre guide Ă  portĂ©e de main.
Pour une fois, je n’étais pas Ă  la recherche de rĂ©sultats extraordinaires en ce qui concerne la difficultĂ© des pistes de ski, des excursions et du dĂ©nivelĂ© : l’objectif Ă©tait surtout d’explorer un endroit inconnu, sans objectifs personnels, en suivant le rythme des jours et en me plongeant dans une nature encore relativement sauvage dans certaines rĂ©gions, sans me faire dominer par le temps et l’envie de rĂ©aliser un exploit Ă©pique Ă  raconter (mĂȘme s’il est arrivĂ© de maniĂšre naturelle). Lorsqu’un petit groupe tel que le nĂŽtre utilise ses connaissances pour Ă©tablir des itinĂ©raires sur un terrain inviolĂ©, la victoire rĂ©side dĂ©jĂ  simplement dans le fait d’ĂȘtre parvenus Ă  rĂ©aliser cinq excursions sur sept, au sein d’une destination fort courue par les skieurs alpins, sans voir Ăąme qui vive dans les parages !
En fin de compte, l’expĂ©rience a Ă©tĂ© plutĂŽt positive, le sommet du glacier du Tafeltinden nous a offert une vue incroyable, le sommet du Goalborri une chaĂźne de montagnes Ă  vous couper le souffle, le Godmother of all Couloirs une approche folle dans tous les sens du terme, le Tomas Couloir des restes d’hiver, et les tentatives du Fugldalsfjellet et du Salama Couloir une touche de printemps, ainsi qu’une excellente raison d’y retourner.
J’aurais besoin de bien des pages pour dĂ©crire en dĂ©tail chacune de ces excursions, mais il ne s’agit ni d’un rapport ni de l’exaltation d’une prestation hors normes.
Ce que je veux dire, c’est que ce n’est pas toujours la rĂ©alisation d’un objectif ambitieux qui dĂ©termine le succĂšs d’un voyage. En ce qui me concerne, c’est justement le fait d’avoir renoncĂ© au Godmother qui m’a appris que l’important est d’essayer, de s’éloigner des sentiers battus et de continuer Ă  se dĂ©passer. La recherche est l’objectif en soi.

Merci Ă  Carolina, Alice et Marco pour leur patience et d’avoir passĂ© ces superbes journĂ©es en ma compagnie, ainsi que de leur amour et de leur interminable passion pour la montagne.

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