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| VIA ITALIA 61 - SUR LA VOIE DE L’ESTHÉTIQUE |
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L’univers vertical connaît de nombreuses facettes. Certaines sont anciennes, historiques et reconnues.
D’autres sont jeunes, fraîches et esthétiques. Parfois, ces différents aspects se rencontrent. C’est le cas dans les Dolomites, au Piz Ciavazes par exemple.
Ses 2.828 mètres délimitent le célèbre massif de Sella au sud-ouest. Vu depuis le nord, son sommet n’attire pas vraiment l’attention. Par contre, sa face sud en calcaire dolomitique d’un jaune typique se distingue déjà tôt dans l'année. Elle se dresse fièrement au-dessus de la grande route des Dolomites. Puissante et sereine, elle s’impose entre les cols de Sella et du Pordoi.
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PIZ CIAVAZES - SUR LA VOIE DE LA LIBERTÉ
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Elle a reçu une visite en 1961. Quatre compagnons formaient la cordée d’alors. En style artificiel typique de l’époque, ils se sont hissés en s'aidant du marteau et de pitons. Les artistes sont De Francesch, Romanin, Wuerich et Franceschetti. Via Italia 61 est née.
De nombreux pitons et spits jalonnent la voie. Témoins d’une époque, ils symbolisent plus la victoire que l’esthétique. De nombreux alpinistes apprécieront et utiliseront les fers mis en place. Mais la voie entre en hibernation.
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Elle sort de sa torpeur 40 ans plus tard. Mauro Bole, dit Bubu, grimpeur d’exception venu de Trieste, libère Via Italia 61 de ses liens métalliques. Les pitons sont uniquement là pour l’assurage, et seul le rocher sert de support d’escalade. L'itinéraire choisi est particulièrement exigeant. 6b, 7a, et jusqu’à 7c+. Les longueurs ne font pas de cadeaux.
Et la cinquième est encore à venir. Le toit. Un avancement horizontal de cinq mètres, surplombant de 120 mètres le pied de la voie.
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C’est le moment fort, le passage clé, le crux coté 8a. Depuis, une dizaine de cordées ont répété la voie en style libre.
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Aucune femme ne se trouve parmi elles.dabei.
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C’est alors qu’arrive Angelika Rainer. Elle est membre du SALEWA alpineXtrem Team. Sa passion se déclare sur le champ. Elle s’entiche de la paroi, de sa ligne, de sa beauté. Arrivera-t-elle à ses fins?
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Sa passion pour l’escalade commence tôt. Angelika Rainer a dix ans lorsque sa mère l’emmène gravir une via ferrata. Ce jour-là, elle est atteinte par le virus. Elle n’attendra pas longtemps avant de conquérir de nombreux sites d’escalade en Allemagne, en France, en Grèce et en Espagne. Et aussi des podiums.
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Angelika est-elle en mesure de surmonter un toit coté 8a ? Avant le passage clé de la cinquième longueur, les 35 mètres d’un 7c+ déversant, athlétique et épuisant l’attendent. Elle se lance. La voie se défend, semble infranchissable.
Les premières longueurs sont franchies. C’est maintenant l’heure de la quatrième. Sa partie inférieure est déjà exigeante. Après deux mètres seulement, on contourne une arête et on perd le contact visuel avec l’assureur. Et cela dans une paroi déversante, équipée de pitons souvent douteux. La plupart sont vieux, rouillés et rébarbatifs.
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Angelika se hisse en direction du toit. Les sensations sont bonnes. Elle progresse à l’image d’une ballerine. Mais la voilà maintenant devant le plat de résistance.
Elle a 150 mètres de gaz sous les pieds. Le toit de 5 mètres demande un engagement physique total. Pieds et mains doivent trouver leurs prises dans la dolomite aiguisée et sculptée par les eaux. Une erreur et c’est le vol. Jusqu’où, nul ne le sait. Comment savoir quel piton est prêt à résister?
Pincer la réglette à gauche, placer le pied droit bien haut, concentrer ses forces. Encore un mouvement éprouvant. Oui, cette fois ça y est, le toit est franchi. Et bientôt l’ensemble de la voie.
Via Italia, ou quand l’esthétique se double de fierté.
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